Comment traduire «Wesen» ?

Je publiais en novembre 2007 deux contributions de Jean-Yves Tartrais au débat Casus belli que soulève la traduction française de Wesen et de Gelassenheit dans la pensée de Heidegger.
La première, Note sur une traduction de Heidegger (« Wesen », « essence », « aître », etc.), était une réponse critique à l'article de Gérard Guest, L'aîtrée de l'Être – initialement publié dans le #41 de décembre 1989 des Cahiers Philosophiques comme Avertissement du traducteur à la traduction française d'une conférence de Friedrich-Wilhelm von Herrmann intitulée La fin de la métaphysique, et l'autre commencement de la pensée. À propos du "tournant" de Heidegger – dont une version modifiée et augmentée fut publiée en 1990/1991.


Quand au fond je réaffirme tranquillement ce que j'écrivais alors :
Le maintien par Heidegger lui-même du mot Wesen – qui est, somme toute, un geste que le traducteur ne peut ignorer – ne doit-il pas être fidèlement suivi et respecté par sa traduction française ? Heidegger ne maintient-il pas le mot « Wesen », non seulement malgré mais également en raison de la mutation de sens décisive qui se joue dans ce qu'il nomme ?
Ironiquement, c'est ainsi que toute décision consistant à refuser de traduire Wesen par essence se contraindrait elle-même à réintroduire en note la mention de l'essence dont elle aurait elle-même effacé la trace visible à même le mot original et sa traduction.
Alors qu'il est clair que l'auteur de Sein und Zeit parvient à entendre, et à faire entendre, une entente du Wesen qui ne signifie justement plus la quidditas, l'essentia, c'est-à-dire qui ne renvoie plus à l'interprétation métaphysique sous-jacente de la temporalité de l'Être dans l'horizon de l'éternité et de l'intemporalité propres à l'ἰδέα (ἀει' ὄν) ou au το' τί ἦ εἶναι, ce maintien est-il le signe d'un échec à trouver un autre mot correspondant à cette signification autre, ou bien est-il, au contraire, un signe par lequel Heideger entendit suggérer – « Que Ceux qui ont des oreilles entendent... » – que l'altération de sens en question est celle du Wesen lui-même et de ce qui, en lui-même, se décide ?

J'ajoute donc simplement : Le maintien par Heidegger soi-même du concept allemand est, en dernière instance (en dehors du caractère infondé des affirmations de G. Guest), l'argument infrangible en faveur de sa traduction par Essence – sans parler de l'invitation à le penser que cette persistance paradoxale à maintenir le mot porte sciemment avec elle. A contrario de la manière dont le travail opéré par Heidegger est invoqué ici ou là comme un soi-disant argument qui plaiderait "à l'évidence" en défaveur du maintien du mot Essence en français, il est justement la marque de la nécessité la plus prégnante de maintenir un concept que Heidegger a travaillé à faire résonner d'une toute autre manière qu'il ne résonnait jusqu'alors. On ne se demande pas trop, pour ne pas dire pas du tout, pourquoi Heidegger accomplit cette tâche, pourquoi il dut l'accomplir, au lieu de s'autoriser de la « liberté », ou plutôt de la licence, que s'octroie M. Guest en s'estimant fondé à échanger un concept historial contre un mot avec lequel il n'a rien à voir.
La réponse à cette question est la suivante : il est bien clair que Heidegger était, pour sa part, tout à fait conscient que « changer de mot » était, non seulement tout à fait insuffisant et inefficace, mais surtout impossible et interdit dans la perspective de la tâche qui était la sienne. Il y a là une logique qui n'est autre que celle de l'Aufhebung hegelienne : le surmontement du sens traditionnel de Wesen/Essence implique sa reprise. Si l'on ne reprend pas, en français comme en allemand, le concept d'Essence/Wesen (en dehors du fait, têtu, que Heidegger le conserve), comment diable pourrait-on bien entendre qu'il en vient à résonner tout autrement qu'il ne sonnait jusqu'alors ?! Autrement dit, tout se joue, et tout ne peut se jouer que dans ce seul et unique mot : Wesen / Essence.


Mise à jour du 9 juillet : Gérard Guest vient de publier, en ce 9 juillet, ce qu'il estime être sa « Réponse à une attaque injustifiée, tout aussi malintentionnée que philologiquement infondée ».
Si je passe sur le tombereau de mises en cause ad hominem de son propos, l'essentiel de son argumentation tient en une justification de l'articulation entre les deux étymologies des mots « aître » et « âtre », reposant en dernière instance sur une volonté de rendre en français la dimension éthique du Wesen tel qu'il résonne dans la pensée de Heidegger. Nous – j'entends les nombreux tenants du maintien de la traduction française de « Wesen » par « essence » ou, au moins, ceux qui ont « l'outrecuidance » de ne pas adhérer à la « proposition » de M. Guest et d'oser mettre en question la pertinence de sa traduction par « aître » – n'avons jamais été insensibles à cette dimension et à la nécessité de ne pas la taire.

La question ne demeure pas moins : le mot « Wesen » ne peut-il être qu'entendu au sens traditionnel dont la Métaphysique l'a chargé, ou bien la pensée de Heidegger a-t-elle permis de lui restituer son sens et jusqu'à sa sonorité archaïque – dût-elle ne jamais avoir été vraiment entendue par la tradition ? Que ceux qui persistent à tenir cela pour impossible aient l'obligeance de nous expliquer pourquoi une signification qui lui revient et qui est sienne ne pourrait parvenir à s'y faire entendre ? Question à laquelle nous continuons d'ajouter la suivante : ...et si toute la puissance spéculative et poétique de la pensée de Heidegger n'a, comme M. Guest le pense, pas suffit à rendre au mot « Wesen » une signification archaïque dont Heidegger, je le répète, n'a quant à lui pas cessé de persister à dire qu'elle lui appartient, peut-on vraiment escompter que les mots français « aître » et « aîtrée » parviendront à la faire entendre aux oreilles du lecteur français – à moins que M. Guest ne compte exiger un brevet d'expertise qu'il s'estime souverainement être l'un des seuls à posséder, ainsi du reste que la lecture de l'intégralité (pas moins de 130 pages, uniquement pour cette dernière contribution en date...) des analyses philologiques que Mr Guest dû, comble de l'ironie, consacrer à expliquer sa « proposition » de traduction, pour les lecteurs français désireux de lire Heidegger en langue française ?
Il nous semble modestement que la présomption et l'erreur sont bel et bien ici du côté du traducteur, qui s'imagine réussir là où, selon lui, l'œuvre aurait échoué.
Pour poser la question autrement : si le seul et même concept d'essence fût susceptible d'une (et à vrai dire de multiples) variation de sens d'une ampleur aussi importante qu'il connût, par exemple, entre la scolastique et l'idéalisme allemand, pourquoi ne pourrait-il pas être porteur de la mutation de sens que Heidegger s'attache à lui restituer ? On répondra que la mutation de sens en question était contenue dans les limites de l'histoire de la Métaphysique, alors que l'enjeu qui se joue dans la pensée de Heidegger est justement son surmontement. Soit, nous n'ignorions évidemment pas cela non plus. Mais enfin, faut-il se désolidariser de l'interprétation de l'auteur selon laquelle ce sens restitué est le sien ? Il ne nous semble pas avoir lu sous la plume de Mr Guest une telle contestation de l'interprétation de Heidegger, bien au contraire. Au fond, cela ne fait donc par conséquent que reposer la question du sens du surmontement (Überwindung) de la Métaphysique qui se joue dans la pensée de ce dernier. Or ce surmontement (Überwindung) n'est justement pas un abandon – ce qui implique de ne pas non plus abandonner le mot « Wesen / essence » au sens dont il se chargea dans la Métaphysique – mais, selon le mot même du penseur de la forêt Noire, une appropriation (Verwindung), et même une réappropriation qui nous conduise dans ce qui appartient en propre à la Tradition – ce qui est loin d'être un des sens négligeables de l'Ereignis.


Mise à jour du 15 juillet : Voici la réponse de Jean-Yves Tartrais :

Die Philosophie des Tragischen

Die Schopenhauer-Gesellschaft in Kooperation mit der Internationalen Schelling-Gesellschaft, der Nietzsche-Gesellschaft sowie der Forschungsstelle „Nietzsche-Kommentar“ der Heidelberger Akademie der Wissenschaften mit freundlicher Unterstützung des Verlages Walter de Gruyter lädt zu einem Internationalen Symposion ein :

Die Philosophie des Tragischen
Schopenhauer, Schelling, Nietzsche

Freiburg i. Br.
21.-24. Mai 2008

Philosophisches Seminar
Albert-Ludwigs-Universität Freiburg

Tagungsprogramm

Mittwoch, 21.05.2008

Ort: Universität Freiburg, Hörsaal 1010 KG I

Moderation: Hans-Helmuth Gander (Freiburg)

16.00 c.t. Grußwort des Rektors der Albert-Ludwigs-Universität Freiburg, Prof. Dr. Andreas Voßkuhle. Grußwort des Präsidenten der Schopenhauer-Gesellschaft, Prof. Dr. Matthias Koßler. Grußwort des stellvertretenden Vorsitzenden der Nietzsche-Gesellschaft, PD Dr. Andreas Urs Sommer

17.00 Uhr Einführung in das Thema von Lore Hühn (Freiburg) : Ein Versuch über das Tragische (Schelling, Schopenhauer, Nietzsche)

18.00 Uhr Emil Angehrn (Basel) : Konstellationen und Grenzen des Tragischen

19.00 Uhr Günter Figal (Freiburg) : Das Tragische als Lebensstruktur. Nietzsche und Platon

Ab 20.00 Uhr Empfang im Haus zur lieben Hand durch den Präsidenten der Schopenhauer-Gesellschaft und mit freundlicher Unterstützung des Verlages Walter de Gruyter (Berlin)


Donnerstag, 22.05.2008

Ort: Haus zur lieben Hand

Moderation: Thomas Regehly (Frankfurt/Main), Lore Hühn (Freiburg)

9.00 Uhr Anselm Haverkamp (Frankfurt/Oder) : Aristoteles über Medea

10.00 Uhr Bernhard Zimmermann (Freiburg) : Über das Tragische bei den Griechen

11.00 Uhr Volker Gerhardt (Berlin) : Die Politik ist die größere Tragödie. Die Wahrheit in Platons Irrtum

12.00 Uhr Monika Fludernik (Freiburg) : Tragedy: Sympathy and Catharsic Triumph reconsidered

Mittagspause

15.00 Uhr Barbara Neymeyr (Freiburg) : Das Tragische - Quietiv oder Stimulans des Lebens? Nietzsche contra Schopenhauer

16.00 Uhr Andreas Urs Sommer (Freiburg) : Das Tragische in Nietzsches Spätwerk

17.00 Uhr Brigitte Scheer (Frankfurt/Main) : Die Philosophie des Tragischen bei Schopenhauer

18.00 Uhr Bart Vandenabeele (Gent) : Shuddering in the Midst of Hell: Schopenhauer on the Values of Tragedy

Ab 19.30 Uhr Gemeinsames Abendessen der Referenten und Moderatoren in den Weinstuben Oberkirch


Freitag, 23.05.2008

Ort: Haus zur lieben Hand

Moderation: Wilhelm G. Jacobs (München), Jörg Jantzen (München)

10.00 Uhr Tilo Wesche (Basel) : Wahrheit und Wissen im Widerstreit. Zu Hegels Theorie der Tragödie

11.00 Uhr Christian Iber (Berlin; Prag) : Tragödie, Farce und Komödie. Zum geschichtsphilosophischen Ort des Tragischen bei Hegel und Marx

12.00 Uhr Jean-François Courtine (Paris) : Heideggers Schweigen zum Tragischen (Hegel, Hölderlin, Nietzsche)

Mittagspause

15.00 Uhr Jörg Jantzen (München) : Schellings tragisches Denken

16.00 Uhr Juichi Matsuyama (Osaka) : Philosophie des Tragischen bei Aristoteles und Schelling

17.00 Uhr Claus-Artur Scheier (Braunschweig) : Schelling und die Epochen des Tragischen

18.00 Uhr Damir Barbarić (Zagreb) Der kommende Gott. Dionysos bei Nietzsche und Schelling


Samstag, 24.05.2008

Ort: Haus zur lieben Hand

Moderation: Matthias Koßler (Mainz)

9.00 Uhr Wilhelm Schmidt-Biggemann (Berlin) : Theodizee und Tragödie. Überlegungen zu den Bedingungen, unter denen Philosophie tragisch sein kann

10.00 Uhr Domenico Fazio (Lecce) : Ein Begriff des Tragischen zum „Hausbedarf“: Julius Bahnsen schreibt an Friedrich Nietzsche

11.00 Uhr Christopher Janaway (Southampton) : Beauty is false,Truth ugly: Nietzsche on tragic art

12.00 Uhr Mirko Wischke (Hannover) : Die Dichtung der Wahrheit. Nietzsches tragische Weltansicht im Kontext seiner Sprachauffassung

13.00 Uhr Günter Zöller (München) : Die Philosophie im tragischen Zeitalter der Deutschen


Tagungsort
Albert-Ludwigs-Universität Freiburg
Hörsaal 1010 KG I, Platz der Universität 3, Haus zur lieben Hand, Löwenstraße 16, Freiburg 79085

Archéologie du sujet

Alors que paraît ces jours-ci chez J. Vrin le second – La quête de l'identité – des trois volumes qu'Alain de Libera consacre à L'archéologie du sujet, il est un aspect du premier volume – La naissance du sujet – qui m'apparut pour le moins... singulier. Se laissant visiblement emporter par sa volonté de déconstruire le « mythe historiographique » de « l'invention cartésienne du sujet » – « qui, allait-il alors jusqu'à déclarer, ne tardera pas à se transformer problématiquement sous nos yeux en invention du sujet cartésien » –, l'auteur y affirmait ainsi :
Et Jean Beaufret peut bien dire que « la pensée grecque ignore le sujet »*, il faut croire qu'elle ne lui était pas d'avance si totalement étrangère, pour que les modernes – si l'on suppose que le sujet est, de naissance, « moderne » –, aient jugé bon de l'y inventer ou d'en tirer les prémisses.

* C'est la thèse martelée (sic) par Heidegger. Voir « Ce qu'est et comment se détermine la ΦΥΣΙΣ », trad. F. Fédier, in Questions II, Paris, Gallimard, 1968, p. 189 : « Pour les Grecs, l'homme n'est absolument pas un sujet : c'est pourquoi l'étant non humain ne peut jamais avoir le caractère de l'objet. »
En dehors de l'entorse criante au sage principe herméneutique selon lequel il convient de lire un auteur en ne le tenant pas pour moins malin que soi, il se trouve, justement, que Jean Beaufret lui-même écrivait bel et bien dès 1964* que :
L'apparition du sujet dans le domaine de la philosophie n'est nullement moderne. Elle est bien plutôt aristotélicienne. Ce qui est moderne, c'est la préséance reconnue à un certain sujet, à savoir le sujet certain de lui-même, celui dont la science essentiellement réflexive qu'il a de lui, autrement dit sa conscience, devient dès lors pré-science, et par-là décisive de la vérité. Avec l'apparition de cette vérité nouvelle dont l'immanence égologique ou cogitative est le fond radical, commence le monde moderne de la représentation. Désormais, écrira Hamelin en une formule que Heidegger adopterait sans aucune réserve, « la représentation est l'être et l'être est la représentation ».
*Heidegger et Nietzsche : le concept de valeur, paru dans Nietzsche, Cahiers de Royaumont, Paris, Éditions de Minuit, 1967, repris in Dialogue avec Heidegger, II Philosophie moderne, Éditions de Minuit, 1973, p. 187.

Wahrsein und Dasein. Aristoteles, Ethica Nicomachea Ζ

Le numéro 97 de la revue Philosophie (Éd. Minuit) à paraître le 6 mars contient la traduction, par H.-S. Afeissa, d'une conférence inédite de Heidegger, « Dasein et être-vrai chez Aristote », prononcée en 1924 à Cologne dans le cadre d'une série de conférences – Wahrsein und Dasein. Aristoteles, Ethica Nicomachea Z, à paraître comme tome 80 de la GA – prononcées du premier au huit décembre 1924 à Hagen, Elberfeld-Barmen, Cologne, Düsseldorf, Essen et Dortmund. Le professeur F.-J. Brecht possédait des notes qu'il a données à T. Sheehan, lequel en a publié une traduction anglaise avant de les confier aux soins du traducteur français. La conférence porte témoignage de l'intérêt qu'a porté Heidegger à la philosophie aristotélicienne durant toute sa carrière, et permet de jeter un éclairage précieux sur la genèse de la pensée heideggérienne et l’élaboration du magnum opus de 1927. Deux points méritent particulièrement d’être soulignés : d’une part, la mise au jour du concept de vérité comme ἀλήθεια ; d’autre part, les modalités tripartites d’occultation de l’Être.

Entendre Heidegger

Parution de l'ouvrage de François Fédier, Entendre Heidegger / et autres exercices d'écoute (Éd. Le Grand Souffle). Le recueil rassemble une vingtaine de textes – dont une moitié d'inédits – écrits entre 1983 et 2007.

De l'épreuve de la pensée

Martin Heidegger et Jean Beaufret à Cerisy-La-Salle en août 1955.

Nous avons l'honneur de publier la traduction française originale de Jean-Yves Tartrais de Aus der Erfahrung des Denkens.
Nous adressons nos profonds remerciements à l'auteur.

par J.-Y. Tartrais

Approches de l'Événement, III. Chemins au fil du Séminaire sur «Temps & Être» et du Principe d’identité (Identité et Différence)

Pour cette Quatrième séance, « Approches de l’Événement, III », sans vouloir nous jeter, de manière quelque peu hâtive, dans « les tempêtes de l’Ereignis », mais plutôt séjournant sur des chemins de transhumance qui s’attardent encore aux abords du « saut dans l’Ereignis », nous suivrons patiemment le fil conducteur du « Séminaire sur “Temps & Être“ » et du « Principe d’identité ». — Voir, respectivement : « Protokoll zu einem Seminar über den Vortrag “Zeit und Sein“ », in : Zur Sache des Denkens, Max Niemeyer, Tübingen 1969, pp. 27-60, et pour la traduction française : « Protocole d’un Séminaire sur la conférence “Temps et Être“ », in : Questions IV, Gallimard, Paris 1976, pp. 52-97 (rééd. Questions III & IV, Gallimard, coll. Tel, Paris 1990, pp. 229-268) ; et : « Der Satz der Identität », in : Identität und Differenz, Günther Neske, Pfullingen 1957, pp. 9-30, traduction française : « Le principe d’identité », in : Questions I, Gallimard, Paris 1968, pp. 257-276 (rééd. Questions I & II, Gallimard, coll. Tel, Paris 1990, pp. 257-276). — Les textes du séminaire et de la conférence ont été publiés depuis lors, avec les marginalia de l’auteur, respectivement dans les volumes 14 et 11 de la Gesamtausgabe : Martin Heidegger, Zur Sache des Denkens, Gesamtausgabe, Bd. 14, Vittorio Klostermann, Frankfurt am Main 2007, pp. 31-66 ; & : Identität und Differenz, Gesamtausgabe, Bd. 11, Vittorio Klostermann, Frankfurt am Main 2006, pp. 31-50.

Approches de l'Événement, II. De Temps & Être – au saut dans l'Ereignis

La troisième séance du séminaire de Gérard Guest – Investigations à la limite (une phénoménologie de l'extrême) – est à présent visible en ligne. Pour la première fois, le texte la conférence vient également d'être publié en ligne.
Cette très belle séance est placée sous le signe du don (Es gibt), de l'offrande à la faveur et au péril de laquelle mûrit – en chacune des époques et des contrées de l'aventure de l'Être où elle est accueillie dans le recueil (λόγος) au sein duquel elle est, selon la parole de la Brief über den Humanismus, à demeure – la surabondante et l'étonnante survenue en présence du présent (die anwesende Anwesenheit, οὐσία, παροὐσία), en une duplicité qui advînt déjà à la pensée dans la méditation nietzschéenne du Gift / φάρμακον chrétien.


D'un événement stellaire : l'effondrement (der Einsturz) de l'ἀλήθεια, donnant à terme naissance à la Veritas latine, et le dépérissement, la flétrissure de la φύσις dans la Natura latine:

La prochaine séance aura lieu le samedi 19 janvier 2008, de 16 à 19 heures.

Approches de l'Événement, I. Être & Temps – dans l'Ereignis

Approches de l'Événement, I. Être & Temps – dans l'Ereignis, seconde séance du samedi 17 novembre du Séminaire de Gérard Guest, Investigations à la limite (une phénoménologie de l'extrême), est intégralement visible en ligne depuis le 19 novembre.
En voici un extrait, consacré à l'« inachèvement » d'Être et Temps, et à la courbure du tournant (Kehre) où, selon le mot de la Brief über den Humanismus (Wegmarken p. 327), tout devait se retourner, et déterminer la tournure de l'ouvrage et de l'Événement qui s'incarna dans sa parution :

Cette seconde séance, de très haute tenue, comporte, notamment, une importante lecture du premier alinéa du paragraphe 9 de Sein und Zeit laissant apparaître la portée et le sens que Heidegger accordait, dès 1927, à la responsabilité du Dasein – ou plutôt au Dasein en tant que porteur d'une responsabilité indéclinable qui l'institue justement comme cet étant pour lequel il y va en son être de cet être même.
La simple lecture de Guest, qui renvoie d'elle-même aux paragraphes 54 à 60 d'Être et Temps, laisse ainsi déjà entrevoir l'horizon d'une relecture d'ensemble du cheminement entrepris par Heidegger en vue de – tenter de – se porter résolument (entschlossen) à la hauteur à laquelle se situe la plus haute responsabilité historiale du Dasein : celle du don, de l'offrande de la Métaphysique elle-même, de la commémoration et de la méditation de la tradition qu'elle commande.

La lecture du §44 (c) est quant à elle l'occasion d'entendre retentir, en écho à la mémorable ironie bergsonienne à l'égard de la présupposition métaphysique des « vérités éternelles », l'ironie heideggerienne qui devait elle aussi aller jusqu'à faire vaciller – et renverser – l'interprétation traditionnelle sous-jacente de la temporalité de l'Être (Temporalität des Seins), de l'ajointement de l'Être au Temps :

La tâche de grande ampleur d'une « destruction de l'histoire de l'ontologie à ce jour » (§6) : Archéologie des recouvrements et des sédimentations métaphysiques de la question de l'Être :

La séance d'ouverture du 6 octobre demeure visible en ligne. La prochaine séance (Approches de l'Événement, II. De Temps & Être – au saut dans l'Ereignis) aura lieu à Paris le samedi 15 décembre, de 16 à 19 heures, dans la Grande salle de Reid Hall. Le texte de présentation de cette dernière vient d'être publié en ligne.

Hegel

Quatorze années après sa parution en 1993 comme tome 68 de la Gesamtausgabe, la traduction française du volume consacré à Hegel paraît aujourd'hui aux éditions Gallimard. Le volume regroupe deux traités publiés du vivant de Heidegger: le premier, La négativité, est un ensemble de notes rédigées en 1938-1939 et 1941; le second, Éclaircissement de l'Introduction à la Phénoménologie de l'esprit de Hegel, est un commentaire écrit en 1942 qui annonce, mais en suivant une autre progression, celui publié en 1950 sous le titre Hegel et son concept de l'expérience dans les Holzwege. Centré sur des moments différents de l'œuvre hégélienne, la Science de la logique et la Phénoménologie de l'Esprit, ces deux traités sont à bien des égards complémentaires et constituent une pièce maîtresse de l'explication que Heidegger a engagée avec Hegel dès l'époque d'Être et Temps pour la poursuivre, en des modes divers, tout au long de son chemin de pensée.

Heidegger, à plus forte raison


«Une seule chose est nécessaire pour dialoguer avec les Penseurs, c'est que la clarté soit faite sur la façon dont nous les rencontrons. Au fond il n'y a ici que deux possibilités: d'abord, aller à la rencontre, ensuite, aller contre. Si nous voulons aller à la rencontre de la pensée d'un penseur, nous devons agrandir encore ce qu'il y a de grand en elle. Alors nous parvenons dans l'Impensé de sa pensée. Si nous voulons aller seulement contre la pensée d'un penseur, il faut que par cette volonté nous ayons déjà rapetissé ce qu'il y a de grand en elle.»
Martin Heidegger, Qu'appelle-t-on penser? (Was heißt Denken?)

«La terre est alors devenue petite, et sur elle sautille le dernier homme qui rapetisse tout. Son espèce est indestructible comme la puce; le dernier homme vit le plus longtemps.»
Friedrich Nietzsche, Prologue d'Ainsi parla Zarathoustra (Also sprach Zarathustra. Ein Buch für Alle und Keinen)



Parution aux éditions fayard du recueil Heidegger à plus forte raison, dont voici la quatrième de couverture:

La publication au printemps 2005 d'un livre au titre provocateur, Heidegger / l'introduction du nazisme dans la philosophie, n'aurait guère suscité, chez tous ceux qui connaissent quelque peu la pensée du philosophe, d'autre réaction que le silence si l'ouvrage en question, grâce à une campagne soigneusement orchestrée, n'avait été salué par les médias dominants comme un travail sérieux et objectif.
C'est la raison pour laquelle il s'imposait de montrer publiquement à quel point la tentative de porter si gravement atteinte à une pensée considérable n'a été possible qu'en contrevenant aux principes auxquels doit se plier tout travail philosophique digne de ce nom.
Heidegger, à plus forte raison se comprend donc d'abord comme une réplique. Ses auteurs prouvent, pièces en main et en observant scrupuleusement les règles strictes de la critique, que la thèse scandaleuse se réduit en réalité à un tissu d'approximations, d'erreurs, de contresens dont le ressort ultime est ce type d'incompréhension que provoque une malveillance compulsive. Compte tenu du soutien médiatique apporté à une accusation aussi extrême, il était indispensable que cette mise au point fût faite.
Mais il reste l'essentiel, qui est d'exposer positivement l'importance du travail de pensée que Heidegger nous a laissé à poursuivre. Car cette pensée, n'en déplaise à ses contempteurs, est probablement, encore à ce jour, l'une des seules capables de nous permettre de faire face à un nihilisme dont le déferlement est loin d'avoir pris fin avec l'effondrement du nazisme en 1945.

En réponse à la dernière entreprise en date de diffamation et de condamnation inquisitoriale à l'Index librorum prohibitorum: textes de Philippe Arjakovsky, Henri Crétella, Pascal David, François Fédier, Hadrien France-Lanord, Matthieu Gallou, Gérard Guest, Jean-Pierre Labrousse, François Meyronnis, Jean-Luc Nancy, François Nebout, Étienne Pinat, Nicolas Plagne, Alexandre Schild, Bernard Sichère, Éric Solot, Pierre Teitgen et Stéphane Zagdanski.

Le Péril

La revue L'Infini consacre son numéro d'été 2006 à Heidegger : Le Danger en l'Être. Son numéro 95 contient la première traduction française, accompagnée d'une présentation et de notes d'Hadrien France-Lanord, de la conférence Le Péril (Die Gefahr), prononcée le 1er décembre 1949 dans le cadre du cycle des conférences du Club de Brême intitulé Regard dans ce qui est (Einblick in das, wast ist). Quatre conférences y furent prononcées: La chose (Das Ding), Le Dispositif (Das Ge-stell), Le Péril (Die Gefahr) et Le Tournant (Die Kehre). Les Bremer und Freiburger Vorträge ont été publiées en 1994 dans le tome 79 de la Gesamtausgabe.
La première conférence, qui fût reprise dans une version augmentée le 6 juin 1950 à l'Académie bavaroise des Beaux-Arts, a été traduite en français et publiée dans le recueil Essais et conférences (Vorträge und Aufsätze), qui contient également la seconde conférence, Le Dispositif, dans sa version augmentée prononcée dans l'Auditorium Maximum de l'École Supérieure de Munich le 18 novembre 1953 dans le cycle de conférences organisé par l'Académie de Munich, Les Arts à l'époque de la technique, sous le titre La question de la technique (Die Frage nach der Technik). La quatrième et dernière conférence, Le Tournant, publiée dans un fascicule de 1962 sous le titre La Technique et le Tournant (Die Technik und die Kehre) a été traduite en français et publiée dans le recueil Questions III et IV.

Martin Heidegger

Martin Heidegger Gesamtausgabe, Vittorio Klostermann (Frankfurt am Main)
Max Niemeyer Verlag
Martin Heidegger Gesamtausgabe
Être et Temps, traduction française par Emmanuel Martineau
Qu'est-ce que la métaphysique ?, traduction française de Roger Munier
De l'origine de l'œuvre d'art, première version, traduction française par Nicolas Rialland
De l'origine de l'œuvre d'art, conférence de 1935, texte allemand et traduction française par Emmanuel Martineau
De l'épreuve de la pensée (Aus der Erfahrung des Denkens), traduction française par Jean-Yves Tartrais
Hans-Georg Gadamer. Les chemins de Heidegger

La dévastation et l'attente

Ces jours paraît La dévastation et l'attente, Entretien sur le chemin de campagne. La traduction de Philippe Arjakovsky et de Hadrien France-Lanord est accompagnée d'une présentation et de notes. Avec 'Αγχιβασιη et L'élève rencontre le gardien de la tour..., La dévastation et l'attente fait partie d'un ensemble de trois dialogues composés par Heidegger au cours du printemps 1945 et édités en 1995 par Ingrid Schüßler comme tome 77 de la Gesamtausgabe sous le titre général Feldweg-Gespräche: Entretiens sur le chemin de campagne. Le dernier tiers du premier dialogue avait déjà été publié par Heidegger en 1959 sous le titre Zur Erörterung der Gelassenheit - Aus einem Feldweggespräch über das Denken, dans le recueil Gelassenheit, traduit en français en 1966 par André Préau dans le recueil Questions III sous le titre Pour servir de commentaire à Sérénité - Fragment d'un entretien sur la pensée. Le titre allemand de ce troisième dialogue, à la dernière page duquel est inscrite la date du 8 mai 1945, est Abendgespräch / in einem Kriegsgefangenenlager in Rußland, zwischen einem Jüngeren und einem Älteren, Dialogue hespérique / Dans un camp de prisonniers de guerre en Russie, un plus jeune s'entretient à la tombée de la nuit avec un plus âgé.

Hommage à Martin Heidegger

À l'occasion des trente ans de la mort du penseur survenue en 1976 Les Cahiers d'Histoire de la Philosophie (cerf) consacrent leur premier volume à Heidegger. L'ouvrage, qui se présente comme un hommage et comme l'illustration de trois décennies de méditation heideggerienne, rassemble les contributions suivantes:

Jean-Luc Marion, La «fin de la métaphysique» comme possibilité.
Marlène Zarader, Le miroir aux trois reflets. Histoire d'une évolution.
Vincent Berne, Le geste in-déterminant du commentaire heideggerien de «Métaphysique» Θ 1-3.
Rémi Brague, La phénoménologie comme voie d'accès au monde grec.
Alain Boutot, Heidegger et la question du platonisme.
Jean-Marie Vaysse, Historialité et histoire de l'Être.
Jacques Taminiaux, Les sources platoniciennes des vues politiques de Heidegger.
Pascal David, Tempus mortis. La question de la mort à la lumière de la pensée de Heidegger.
Françoise Dastur, Le temps chez le dernier Heidegger.
Philippe Capelle, La signification du christianisme chez Heidegger.
Jocelyn Benoist, Heidegger, le sens et l'illusion herméneutique.
Olivier Souan, Heidegger et les mathématiques.
Jean Greisch, De l'ontologie fondamentale à la métaphysique du Dasein. Le tournant philosophique des années 1928-1932.
Maxence Caron, «De l'expérience de la pensée» Lecture d'un poème de Heidegger.
Jean-Louis Chrétien, De l'espace au lieu dans la pensée de Heidegger
Jean-François Marquet, Quinze regards sur la métaphysique dans le destin de l'histoire de l'Être.

Grammaire et étymologie du mot « être »

Pascal David fait paraître aux éditions du Seuil une édition bilingue, accompagnée d'une présentation, d'une notice biographique, d'un glossaire et d'un dossier, du chapitre II, En guise de contribution à la grammaire et à l'étymologie du mot «être» (Zur Grammatik und Etymologie des Wortes ,,Sein'') de l'Introduction en la métaphysique (Einführung in die Metaphysik), cours du semestre d'été 1935 professé à l'Université de Fribourg-en-Brisgau, dont la première traduction française de 1958 par Gilbert Kahn (PUF) fut reprise en 1967 dans l'édition Gallimard. Le texte allemand a été publié en 1953 chez Niemeyer et édité par Petra Jaeger en 1983 chez Klostermann comme tome 40 de la Gesamtausgabe.