Le philosophe du dimanche

Jean Wahl, Ferdinand Alquié, Georges Canguilhem, Vladimir Jankélévitch, Yvon Belaval, Maurice de Gandillac, Alexandre Koyré, Jean Beaufret, Henri Birault, Étienne Gilson, Alexis Philonenko...
Lorsque je suis entré à l'Université de Clermont, en 1999, la mémoire de la tradition française de ces grands professeurs de philosophie n'était plus transmise et perpétuée. Pas même celle de l'enseignement clermontois de Michel Foucault, de celui de Gilles Deleuze qui rencontra Foucault à Clermont chez Jules Vuillemin en 1962, ou de celui de Henri Bergson, dont personne au Lycée Blaise Pascal ne nous apprit qu'il y avait été nommé professeur le 28 septembre 1883 et qu'il y enseigna jusqu'en 1888. La gloire de Bergson était tombée dans l'oubli dans la ville il avait rédigé l'Essai sur les données immédiates de la conscience. Dans La gloire de Bergson. Essai sur le magistère philosophique, François Azouvi demandait en 2007 : «Qui se souvient encore que Bergson a été un philosophe célèbre, le premier sans doute à ce degré ?».
Cet oubli est celui de la grande tradition française de l'enseignement philosophique, dont tous les grands noms sont tombés dans l'ignorance. L'histoire de ces grands professeurs reste encore à écrire.

À cet égard, la traduction française de l'ouvrage de Marco Filoni paru en 2008, Le philosophe du dimanche. La vie et la pensée d'Alexandre Kojève, apporte enfin aux amateurs de cette légendaire tradition une part importante de la culture dont ils ont été privés, car Alexandre Kojève a exercé une influence majeure sur la philosophie française d'après 1915, à partir de l'enseignement sur Hegel dispensé dans son séminaire à l'École pratique des hautes études au cours des années 1930 et recueilli, par les soins de Raymond Queneau, dans son Introduction à la lecture de Hegel, parue en 1947.

Dans cette perspective, France Culture rediffuse du 28 au 31 décembre 2010 cinq entretiens À voix nue que Christine Goémé mena en 1993 avec Maurice de Gandillac.
Il fut le condisciple de Sartre en classes préparatoires littéraires au lycée Louis-le-Grand et à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Parmi ses professeurs figuraient Georges Cantecor, qui lui fit découvrir Nietzsche pour contrecarrer son thomisme naissant, et Étienne Gilson, qui lui fit connaître Nicolas de Cues (1421-1464), ce philosophe de la Renaissance auquel il consacra sa thèse en 1941. L'influence de l'enseignement que Maurice de Gandillac dispensa pendant plusieurs décennies à La Sorbonne se fit sentir sur plusieurs générations de philosophes. De 1946 à 1977, il y dirigea notamment les premiers travaux de Michel Foucault, Jacques Derrida, Jean-François Lyotard, Louis Althusser et Gilles Deleuze - dont il dirigea la thèse principale, Différence et répétition, en 1969 -, alors qu’ils étaient étudiants. Il fut également le premier traducteur en français de Walter Benjamin.

Le 31 décembre 2010, dans l'émission Sur les docks, France Culture diffuse également Champs libre : «Pontigny-Cerisy, légendes d'un siècle», un documentaire d'Alexandre Breton et Guillaume Baldy.

Présence du néoplatonisme dans la philosophie française contemporaine : Deleuze – Foucault

1-2 avril 2008, Villejuif (Centre Jean Pépin, CNRS/UPR 76)

Organisé par Alain Petit et Sylvain Roux,
dans le cadre du programme « Subjectivité et aliénation » de l’Agence Nationale de la Recherche, en partenariat avec le Centre de Recherches Internationales sur la Philosophie Française Contemporaine de l’ENS-Paris.

Plus discrète que celle du platonisme dans la philosophie française, contemporaine notamment, la présence du néoplatonisme n’en est pas moins réelle et tout aussi importante pour la compréhension des problématiques et des analyses qui s’y trouvent développées. Elle n’a pourtant pas fait l’objet d’études spécifiques et cette présence n’a même que rarement été soulignée. G. Deleuze, par exemple, renvoie à plusieurs reprises à des néoplatoniciens, à Proclus et à Damascius par exemple dans Différence et répétition, mais surtout à Plotin dans Spinoza et le problème de l’expression ou dans les dernières pages de Qu’est-ce que la philosophie ? Les analyses d’E. Lévinas sur le Bien au-delà de l’être et sur la notion de trace (développées dans Totalité et Infini et dans Autrement qu’être ou Au-delà de l’essence) sont, bien entendu, incompréhensibles sans leur inscription dans le contexte néoplatonicien où elles trouvent leur origine. De même encore, les analyses de G. Bataille, dans L’Expérience intérieure, renvoient à plusieurs reprises au Pseudo-Denys et à Maître Eckhart et la Théorie de la religion évoque le cas du dualisme de l’Antiquité tardive pour relater la situation de « l’homme de l’intimité perdue » et les échecs de ce même dualisme à restaurer cette intimité. Ce ne sont là que quelques exemples qui ne sauraient épuiser les références possibles.
Mais de quel néoplatonisme y a-t-il présence ? Car on voit bien que les philosophes français se réfèrent à des auteurs différents. C’est que le néoplatonisme historique est lui-même multiple et la diversité des références n’est que le signe de cette multiplicité. Il s’agira donc d’abord de rester attentif à cette multiplicité, à ce qu’elle signifie c’est-à-dire à ne pas unifier artificiellement le néoplatonisme afin non seulement de respecter les formes de son développement mais aussi de comprendre les raisons pour lesquelles, dans leur propre réflexion philosophique, certains auteurs contemporains privilégient une de ses formes par leur choix de références. Mais il convient aussi de s’interroger sur les raisons ainsi que sur les voies d’un tel renvoi ou d’une telle réappropriation dans la philosophie française contemporaine, notamment en s’interrogeant sur les différences qui peuvent se manifester dans le rapport qu’elle entretient par ailleurs avec le platonisme. Car si elle a pu contester ce dernier, voire se construire contre lui, elle semble s’engager davantage, dans sa référence au néoplatonisme, vers une forme de dialogue moins polémique où elle croit trouver l’un des moyens d’affirmer sa propre originalité.
C’est à explorer ces deux questions (Quels néoplatonismes dans la philosophie française ? Quelles sont les raisons de leur présence dans la philosophie française ?), par ailleurs indissociables l’une de l’autre, que voudrait se consacrer cette rencontre.


Programme :

Mardi 1 avril : 
Hénologie, ontologie, immanence

9h30 : Camille Riquier (Université de Paris IV-Sorbonne) : « Pour une lecture néoplatonicienne de l'histoire de la métaphysique : Bergson, Ravaisson, Deleuze ».

10h30 : Guillaume Sibertin-Blanc (Université de Lille) : « Au-delà de l’être,  évènement, conversion : la leçon du néoplatonisme dans la pensée deleuzienne de l’immanence ».

14h30: Marc Roelli (Université de Darmstadt) : « To bring ontology to an end. Deleuze’s critique of (neo)platonism ».

15h30 : Matthias Vollet (Université de Mayence) : « De Plotin par Bergson à Deleuze : l’Un multiple virtuel ».


Mercredi 2 avril : 
La vie, le soi, la subjectivation

9h30 : Gwenaëlle Aubry (Centre Jean Pépin, CNRS/UPR 76) : « Vie et virtualité chez Deleuze et Plotin : différences et répétitions ».

10h30 : Isabelle Koch (Université d’Aix-Marseille) : « Quelle est la singularité du moment néoplatonicien dans l’Herméneutique du sujet ? »

14h30 : Sylvain Roux (Université de Poitiers) : « Subjectivation, assujettissement et connaissance de soi chez Plotin et Foucault ».

15h30 : Alain Petit (Université de Clermont-Ferrand) : « La disparition de soi. Le Plotin secret de Foucault ».